Bonheur au travail: une injonction « bisounours » pernicieuse?

Le « Happiness Management » est une pratique à manipuler avec précaution.

L’idée des Chief Happiness Officers ne repose pas toujours sur une conception « bisounours » des relations de travail. Derrière cette mode anglo-saxonne se cache souvent l’espoir inavoué de promouvoir la productivité grâce à des employés plus heureux. Les cours de yoga hatha, les bâtonnets de carottes sains et les soirées festives sur le thème du Mexique compensent rarement le mal généré par des dysfonctionnements managériaux et le manque de sens de son labeur.

Si le lien entre bonheur au travail et productivité a été établi par une étude de 2015*, cette relation est loin d’être évidente. Tout d’abord, il s’agit de définir la notion de bonheur au travail. Et c’est là que les conceptions varient selon les individus. Si Julie est particulièrement sensible à la reconnaissance par son supérieur, Marc est véritablement épanoui lorsqu’il peut avancer dans son travail de manière autonome. Luc, lui, est de nature très sociable et se nourrit des moments d’échange conviviaux durant les séances de coordination. Quant à Sidonie, pouvoir foncer vers des objectifs fixés clairement par sa hiérarchie représente une source majeure de satisfaction.

Finalement, cette injonction de trouver du bonheur dans son travail peut susciter un retour de flamme. Au lieu de générer des émotions positives, ces mesures HR risquent de provoquer des sentiments de culpabilité, de déception ou même de cynisme chez ceux et celles qui ne se sentent pas extatiques face à leurs circonstances professionnelles.

Alors que faire en tant qu’entreprise? Si les initiatives pour encourager le bien-être des employés sont globalement bienvenues, il ne faut pas pour autant oublier de se pencher sur les problèmes plus systémiques ou de dialoguer individuellement avec les personnes. Car elles seules sont à même de dire ce qui les rend heureuses au travail!

Vidéo complète: Le Monde [6:13]

Kirsten Bourcoud, psychologue du travail et consultante senior certifiée Friendy Work Space par Promotion Santé Suisse.

*A. J. Oswald, E. Proto & D. Sgroi (2015). Happiness and Productivity. Journal of Labor Economics, 33(4).